| |

Plan pour la création d’un statut municipal de parent isolé

Préambule :

Pourquoi créer un statut municipal de parent isolé ?

On compte aujourd’hui une famille monoparentale sur quatre. Il s’agit là d’une véritable mutation sociale (12% de foyers monoparentaux en 2010, 20% en 2015[1] et 25% en 2021[2]. La société est en train de changer et cependant nos institutions et locales et nationales ne sont pas aptes à répondre aux défis imposés pour enrayer la précarité de ces foyers. Il y’a urgence à penser dans toutes nos villes de France la création d’un statut municipal de parent isolé et l’accès à l’ensemble des droits afférents en matière de logemnt, travail, santé, vie sociale et culturelle et accès à la réussite éducative.

Le niveau de vie des foyers monoparentaux est de 28% inférieur à celui des couples[3] et dans 55% des cas ces familles monoparentales sont pauvres, privées des droits les plus élémentaires : l’accès à un logement et à une vie décente, l’accès au travail, l’accès à la santé, l’accès à l’éducation, à la culture et aux loisirs.

C’est une question genrée qui touche dans 85% des cas des mères isolées en charge du foyer. Dans 40.5% des cas ces foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Selon les territoires les problématiques s’aggravent. Un coup de projecteur sur la Seine-Saint-Denis révèle par exemple que les iniquités territoriales s’avèrent être très marquées et de fait un facteur aggravant. Ainsi, si 50% des foyers monoparentaux en France doivent vivre avec un revenu moyen de 1400€ par mois, en Seine-Saint-Denis, ce revenu n’est plus que de 987€ par mois, situé bien en de ça du revenu minimum de vie décent.[4] En conséquence des budgets insuffisants dont disposent ces familles monoparentales pour vivre décemment, 40.5% des enfants de ces familles grandissent en dessous du seuil de pauvreté en 2021.

La monoparentalité est un enjeu fort de la lutte contre les violences économiques, sociales et politiques faites aux femmes et aux enfants car c’est une question genrée. Il est à noter que dans 83% des cas les foyers monoparentaux sont portés par des mères isolées[5]. La monoparentalité et les problématiques qui en découlent affectent donc majoritairement des femmes et des enfants souvent isolés, invisibilisés et précarisés.

Les 2 années de crise sanitaire ont redessiné le pouvoir d’achat des français, qui est un véritable révélateur des inégalités en France. Avec une inflation constante, certains postes budgétaires ont explosé pour nombre de familles françaises et 1/3 des ménages sont désormais jugés à risque de précarité.

Les budgets des familles monoparentales sont lourdement amputés du fait de l’absence d’un second revenu. Si les dépenses moyennes pour un enfant d’une famille vivant en couple chiffrent annuellement à hauteur de 8400€ selon l’étude de la DRESS de 2015 précitée, pour un enfant grandissant en foyer monoparental elles n’excèdent pas 5900€ / an. Analyser les postes budgétaires permet donc de voir que quel que les enfants issus de foyers monoparentaux sont systématiquement pénalisés.

Posons ce chiffre sans appel, seulement 0.25% du budget national est alloué aux questions d’égalité femme homme. La France remporte la 26ème place du classement sur 30 pays concernant l’aide apportée aux femmes. En conséquence de l’absence d’engagement, voire du désengagement croissant des pouvoirs publics vis-à-vis des populations précaires, les mères isolées cumulent à elles seules tous les défis : travail, justice, logement, santé. La création d’un statut municipal de parent isolé doit leur ouvrir l’accès à l’échelle locale à un ensemble de droits afférents en matière de logement, santé, travail, culture et loisir selon les 5 priorités établies ci-après.

1. PERMETTRE L’ACCES AU TRAVAIL

a. Discrimination à l’emploi et carrières nécessairement tronquées

    1/3 des parents de familles monoparentales n’ont pas accès à l’emploi et 37% des mères isolées travaillent à temps partiel subi. 20% d’entre elles sont en CDD ou en contrats courts. Il s’agit à l’échelle de la ville de :

    • Créer un service dédié à la monoparentalité afin d’accompagner le retour à l’emploi des mères isolées.
    • Mettre en place des espaces de garderie solidaire à l’image des garderies solidaires ouvertes dans les maisons de quartier de Poitiers mises en place par l’UDAF et co-financées par la CAF (financement REAP).
    • Mettre en place comme à Grenoble un dispositif d’accueil à domicile sur horaires atypiques qui s’adresserait prioritairement aux familles monoparentales de façon transitoire en l’attente d’une proposition de mode de garde pérenne.
    • Mettre en place des crèches familiales qui travaillent en partenariat avec des assistantes maternelles afin de proposer une flexibilité de temps d’accueil maximale.
    • Ouvrir des quotas priorisant l’accès aux parents isolés en crèche AVIP afin de favoriser leur réinsertion professionnelle.

    b. Des conditions inégales face aux problématiques de garde d’enfants

    Une des raisons majeures pour lesquelles il est souvent plus intéressant pour une mère de quitter son emploi pour garder son enfant est liée au coût des modes de garde, que le Complément de Mode de Garde ne suffit pas à couvrir. Par ailleurs l’insuffisance des solutions de gardes apportées par l’institution ne permet pas aux parents isolés de préserver leur emploi. Pour une politique de l’emploi qui tienne compte du statut de parent isolé, il faut :

    • Offrir des avantages salariaux pour les employés municipaux en situation de monoparentalité pour l’accès aux places en crèche municipale.
    • Prioriser la monoparentalité dans les critères d’attribution aux places en crèche.
    • Proposer des horaires d’accueil de crèche et de centre de loisir flexibles pour les centres de loisir afin de permettre aux parents isolés de concilier vie professionnelle et familiale.
    • Créer des espaces d’accueil temporaires à destination des familles monoparentales de type LAEP co-financés par la CAF pour permettre de se rendre à un RDV professionnel ou médical.

    c. Inflation sur les frais de garde

    Les frais de garde ont subi une inflation importante.[6] La garde d’enfant est également source d’inégalité entre une famille en couple et une famille monoparentale puisqu’aucun relais ne permet à un parent isolé d’équilibrer et de concilier charge professionnelle et charge parentale. Les commissions d’attribution se basent la plupart du temps sur un Quotient Familial qui, au même titre que celui retenu par la CAF pour le CMG ou l’attribution des bons VACAF, est calculé sur la base du référentiel n-2, et non pas du revenu actuel du foyer[7]. Or en cas de séparation, le revenu du foyer chute de 28%. Afin de prévenir une précarisation à marche forcée, les préconisations sont les suivantes :

    • Le calcul du coefficient familial doit prendre en compte la situation n-0 en temps réelle et non la situation antérieure n-2 comme cela a été mis en place à Montreuil.
    • Les municipalités doivent tenir compte du statut de parent isolé dans la facturation des prestations à l’enfance – cantine, périscolaire par soucis d’équité par rapport aux couples non mariés qui, en dépit du fait qu’ils ont deux revenus, ne présentent qu’une seule fiche d’imposition pour le calcul du montant des prestations à l’enfance.
    • Accorder une demi-part en plus aux familles monoparentales qui ne disposent que d’un seul revenu dans le calcul des prestations petite enfance et jeunesse.

    d. Politiques RH des municipalités

    Les municipalités se doivent de donner l’exemple et de permettre une certaine flexibilité quant aux horaires de travail notamment afin qu’ils puissent permettre aux parents isolés de concilier vie professionnelle et familiale. Elles doivent aussi accompagner le retour à l’emploi des mères isolées.

    • Former tous les RH aux spécificités de la monoparentalité.
    • Ouvrir des maisons de l’emploi et créer 2 postes de référents monoparentalité à l’image du dispositif maison de l’emploi mis en place à Grenoble.
    • Créer un parcours municipal d’accompagnement pour le retour à l’emploi en lien avec les CCAS et en partenariat avec France Travail.
    • Mettre un forum café des entrepreneurs annuel à l’image du dispositif mis en place à Ris Orangis afin de travailler en collaboration avec les entreprises locales et favoriser le ré-emploi des mères isolées.
    • Sensibiliser les entreprises locales à l’occasion du café des entrepreneurs annuel aux contraintes inhérentes au statut de parent isolé afin que soient offerts à l’échelle de la commune des conditions de travail plus flexibles.
    • Mettre en place un PLIE (Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi) à l’image de celui de Poitiers qui accompagnerait la réinsertion professionnelle des mères isolées en priorité.
    • Permettre à l’échelle des politiques RH de la ville des horaires de travail flexibles adaptés aux horaires d’entrée et de sortie d’école et planifier les réunions en journée et non en soirée.
    • Permettre pour les employés municipaux parents isolés l’accès à des temps partiels temporaires si nécessaire afin de concilier temps de garde des enfants et horaires de travail.
    • Faciliter les mobilités internes et / ou changement de poste et de service afin de répondre à des changements de situation familiale sans nécessité de démission.
    • Doubler les jours de congé enfant malade pour les employés municipaux en situation de monoparentalité pour compenser l’absence d’un deuxième parent dans la prise en charge de l’enfant malade.
    • Permettre aux parents isolés de se présenter au travail avec leurs enfants les jours de grève ou de canicule notamment comme c’est le cas sur la municipalité de Montreuil.
    • Offrir à tout.e employé.e municipal.e un parcours d’accompagnement à l’image du dispositif gouvernemental nouveau départ dans le cas de situations familiales difficiles (séparations, violences intra-familiales) en proposant écoute, soutien des CCAS municipaux et appui juridique en interne.

    2. LUTTER CONTRE LE MAL-LOGEMENT

    a. Le mal-logement : la clef de voute du foyer monoparental

      Les familles monoparentales sont surreprésentées dans les hébergements d’urgence, et 21% d’entre elles sont touchées par le mal-logement. 39% d’entre elles sont locataires d’un logement du secteur social (parc d’Habitation à Loyer Modéré ou autres) ou soumis à la loi de 1948, contre respectivement 14% des familles traditionnelles. Les familles monoparentales sont également surreprésentées parmi les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville.

      Selon une enquête du Défenseur des droits sur l’accès aux droits, une famille monoparentale est en outre deux fois plus exposée à la discrimination dans la recherche d’un logement qu’une famille biparentale[8]. Si on estime qu’il faut un revenu minimum décent de 3744€ pour un couple avec 2 enfants afin que chaque enfant puisse disposer de sa chambre. Les familles monoparentales sont, quant à elles, condamnées au mal logement. A titre d’exemple, 1/3 des mères isolées en Seine-Saint-Denis occupent avec leurs enfants un logement trop petit pour répondre aux besoins de la famille.

      • Il semblerait donc souhaitable que le statut de famille monoparentale soit pris en compte dans les critères d’attribution des logements sociaux.

      b. Inflation du budget logement : un budget impossible pour les familles monoparentales

      A noter également comme facteur aggravant le fait que le poste budgétaire logement a littéralement explosé avec l’inflation. Ce poste représente entre 24% et 40% des dépenses selon la configuration des foyers, il peut très vite s’avérer devenir un gouffre financier pour une mère isolée. Selon le rapport de l’ONPES de 2015, le revenu minimum de vie décent pour les familles monoparentales varie également selon qu’elles occupent un logement social ou un logement dans le privé. Il est estimé à 2595€ pour une famille monoparentale de 2 enfants vivant dans un logement social et 2437€ pour des familles occupant un logement dans le privé.

      Nombre de familles monoparentales n’ont pas accès à la propriété, ne peuvent pas épargner, ni capitaliser. La hausse du coût de l’énergie chiffrée selon le rapport de l’IRES[9] de 2022 à + 41.9% a fait exploser le coût des dépenses logement. A cela il faut rajouter une hausse de 17.7% des charges d’assurances et une hausse de 14% des charges d’immeuble. Cela impacte de façon dramatique le coût de la vie pour des familles monoparentales. Cela impactera sur le long terme également leurs conditions de vie à la retraite, car se loger couvrira la quasi intégralité de leurs dépenses. Cette étude qui met en regard les chiffres de l’ONPES établis en 2014 et ceux de 2022 pose l’inflation comme étant le noyau nucléaire de nombre de problématiques rencontrées par les français qui ne parviennent de fait plus à se loger décemment. Il est donc impératif de prendre en compte la monoparentalité dans les conditions d’attribution des logements sociaux et de préempter des quotas à l’échelle de chaque ville proportionnels aux besoins locaux. Il est pareillement souhaitable de pouvoir permettre l’accession à la propriété des parents isolés via l’attribution de prêts à taux zéro.

      La crise a eu pour effet de précipiter nombre de familles monoparentales sous le seuil de pauvreté comme le démontre l’étude de l’IRES de 2022 et elle pointe du doigt en conclusion les familles monoparentales et les retraités comme étant les plus à risque. 

      Pour les mères isolées, la noyade est inévitablement annoncée au vu des problématiques précitées. Les mères isolées s’en trouvent doublement condamnées. Il s’agit là de l’héritage d’une vie active saccadée, voire saccagée par la monoparentalité, de carrières professionnelles systématiquement amputées, interrompues, voire arrêtées définitivement. La réforme des retraites qui repousse à 43 annuités le départ à la retraite à taux plein aggrave la situation pour les mères isolées qui pourront difficilement prétendre à des retraites à taux plein, même en travaillant jusqu’à 67 ans.

      En effet, pour une mère isolée retraitée seule, l’IRES chiffre à 1836€ le revenu minimum décent. Combien de femmes passeront en dessous de ce seuil fatidique au terme de carrières professionnelles tronquées. Combien auront-eu accès à la propriété au terme de leur vie ? Combien seront condamnées au mal-logement ou n’auront plus accès au logement ?

      • Il semblerait impératif que les parents isolés puissent bénéficier d’une majoration des prêts à taux zéro dans le cadre de politiques partenariales de la ville engagées avec les établissements bancaires afin de permettre aux familles monoparentales d’acquérir plus facilement un logement.

      c. Des politiques de gentrification qui empêchent l’accès au logement des familles monoparentales

      Sur les grandes métropoles, les problématiques de mal-logement liées à la précarité de revenu des familles monoparentales explosent. Les lois ELAN et SRU imposent désormais à chaque commune de plus de 3500 habitants et aux intercommunalités de plus de 50000 habitants de disposer de 25% de logement sociaux. Dans certaines villes en pleine gentrification telles que Saint-Denis, la tendance s’inverse, avec une diminution drastique du quota de logements sociaux, alors même que les problématiques liées à la précarité à l’échelle du territoire de Seine-Saint-Denis vont croissantes. A Saint-Denis, la ville ne dispose plus désormais que de 33% de logements sociaux. Ces quotas sont certes supérieurs à l’obligation légale, mais vont décroissants et ne tiennent pas compte des plus grands besoins locaux. Les logiques de gentrification des centres-villes laissent pour compte une grande partie de la population condamnée à une plus grande précarité. 25% des familles monoparentales sont des familles à revenus modestes et dans 55% des cas ces familles sont pauvres. Elles n’ont plus les moyens de se loger décemment dans les grandes métropoles.

      • Garantir des quotas de logements sociaux en adéquation avec les besoins de la population.
      • Prendre en compte pour toute demande de logement la situation financière à n-0 et non n-2 en prenant en compte la perte de revenu post-séparation.
      • Préempter des logements à destination du parc social.

      d. Accès à la propriété des familles monoparentales

      Les familles monoparentales sont beaucoup moins souvent propriétaires de leur logement que les couples avec enfants : 12% sont propriétaires non-accédants et 20% sont accédants à la propriété, contre respectivement 21% et 48% des familles traditionnelles. Elles sont en revanche surreprésentées dans les QPV. Il conviendrait donc de lever les freins d’accès à la propriété afin de rééquilibrer la mixité des publics centre-urbains.

      • Travailler en lien avec les banques pour mettre en place à destination des familles monoparentales des micro-crédit solidaires financés pour partie par la municipalité.
      • Se faire le relai des acteurs militants auprès des pouvoirs publics pour la mise en place de prêts à taux zéro à destination des familles monoparentales afin de leur permettre d’accéder à la propriété.
      • Développer des projets de logements accessibles aux familles monoparentales en bail réel solidaire à l’image des projets logement portés par la ville de Ris Orangis ou du projet CAPS qui s’est monté à Saint-Denis.

      d. Lutter contre le mal-logement et permettre l’accès aux logements sociaux

      Il s’agit de donner la priorité aux parents isolés dans l’accès aux logements sociaux, l’offre dans le privé leur étant le plus souvent inaccessible. Il s’agit donc de préempter à l’échelle de chaque ville un quota de logements à destination des familles monoparentales pour leur éviter des situations de surendettement.

      Des quotas de logements sociaux à destination des femmes fuyant des situations de violence doivent être mis en place en regard des besoins à l’échelle des villes. « Selon le code de la construction et du logement, les personnes rencontrant des difficultés particulières de logement pour des raisons d’ordre financier ou tenant à leurs conditions d’existences », doivent prioritairement bénéficier d’un logement social. 40% des familles monoparentales vivant en dessous du seuil de pauvreté, ces foyers précaires à minima doivent impérativement pouvoir bénéficier de logements sociaux et les autres foyers monoparentaux subissant une discrimination du fait de leur unique revenu, doivent y avoir un accès prioritaire.

      Il y’a à titre d’exemple pour la ville de Saint-Denis plus de 5000 demandes de logement auprès du bailleur PCH et malgré les commissions d’attribution hebdomadaires, nombre de familles ne parviennent pas à se loger décemment, trop peu de demandes satisfaites. Les chiffres révèlent donc le besoin de repenser les politiques d’ENRU à la lumière des besoins locaux et non pour satisfaire des logiques de gentrification.

      • Prioriser l’accès aux logements sociaux pour les familles monoparentales.
      • Prévoir un quota de logements adaptés aux familles monoparentales en situation de handicap en lien avec les bailleurs publics et privés.
      • Travailler avec les bailleurs privés à la mise en place d’une offre de logements en co-living accessibles aux familles monoparentales ayant des revenus modestes.
      • Travailler en lien avec les bailleurs sociaux afin de pouvoir proposer des typologies de logement adaptés aux familles monoparentales (logements de type F3 pour un parent isolé avec 1 enfant et F4 pour un parent isolé avec 2 enfants).

      e. Développer l’offre d’hébergement d’urgence

      Les familles monoparentales sont sur-représentées dans les hébergements d’urgence : parc locatif trop cher dans le privé qui conduit à des situations de surendettement des familles monoparentales qui assume avec un seul revenu la charge du loyer, pas de place dans les logements sociaux, relogement d’urgence suite à situations de violence. Les situations sont multiples.

      Il semble dans un premier temps prioritaire de réviser à la hauteur des besoins du territoire les politiques liées à l’hébergement d’urgence. A titre d’exemple il n’existe en Seine-Saint-Denis que 8 centres d’accueil mère-enfant, dont 2 sur le territoire de Plaine Commune, sur 165 centres à l’échelle nationale (autant qu’en Creuse où les besoins sont nettement moindres). On compte 39 pouponnières à caractère social sur toute la France, mais aucune en Seine-Saint-Denis, 30 villages d’enfants, mais aucun en Seine-Saint-Denis, ou encore seulement 6 maisons d’enfant à caractère social sur 1327 en France. Notre département crie le manque de moyens humains, structurels pour répondre à une précarité grandissante et à l’urgence de la question du logement. Il s’agit notamment de permettre aux femmes fuyant des situations de violence avec leurs enfants d’être relogées systématiquement et prioritairement à toute autre situation et ce en leur donnant l’accès à un logement pérenne. Les quotas dédiés au relogement des femmes fuyant des situations de violence doivent être révisés à la hauteur des besoins. On pourrait imaginer préempter un quota de logements sociaux à destination des foyers monoparentaux.

      • Travailler avec les bailleurs sociaux et les bailleurs privés afin de permettre le relogement immédiat de femmes et d’enfants fuyant des violences intra-familiales.
      • Préempter des logements municipaux afin de mettre en place des foyers d’accueil d’urgence municipaux en non-mixité à destination des mères isolées et de leurs enfants fuyant des situations de violences intra-familiales en relai du 115 pour de l’hébergement d’urgence.
      • Équiper les centres d’hébergements d’urgence d’espaces halte-garderie solidaires, afin de permettre aux parents de faire les démarches de relogement nécessaires.
      • Prévoir dans les foyers d’accueil d’urgence municipaux des espaces d’accueil de jour pour parents et enfants afin de ne pas les condamner à errer dans l’espace public.
      • Prévoir en lien avec le maillage associatif local des permanences d’accès aux droits au sein de ces foyers d’accueil afin de garantir une prise en charge des familles hébergées.
      • Travailler en lien avec le maillage associatif local pour permettre une prise en charge immédiate des situations d’urgence en vue d’un relogement pérenne rapide.
      • Développer en lien avec les services publics le maillage d’offre d’hébergement d’urgence en Seine-Saint-Denis, en adéquation avec les besoins locaux.

      3. FACILITER L’ACCES A LA SANTE DES FAMILLES MONOPARENTALES

      a. Etat des lieux de la santé des familles monoparentales

      En conséquence des budgets insuffisants, l’étude de l’ONPES établit donc que les familles monoparentales sont le plus à risque de pauvreté. 40.5% des enfants de ces familles grandissent en dessous du seuil de pauvreté en 2021. Ces familles sont sinistrées si l’on considère notamment les questions d’accès à la santé.

      Le cumul de toutes ces difficultés favorise l’épuisement physique et mental. Plusieurs études menées à l’échelle internationale montrent que le stress dû aux contraintes inhérentes à la monoparentalité augmente considérablement le risque de maladies cardio-vasculaires, de pathologies chroniques, de troubles de la santé mentale et parfois même de décès prématurés… Dans ce nouveau modèle familial, le parent isolé doit être présent sur tous les fronts : éducation des enfants, vie professionnelle, difficultés du quotidien. Une accumulation de rôles qui fragilise psychologiquement et physiquement les femmes pour toute leur vie, révèle une étude américaine publiée dans le Journal of Epidemiology & Community Health[10].

      Les problématiques de santé sont préoccupantes. Selon la dernière étude du 9 janvier 2024 publiée par Santé Publique France, les enfants vivant sous le seuil de pauvreté sont 3 fois plus souvent hospitalisés pour des problèmes psychiatriques. Selon l’étude de la DREES de 2023 sur le 100% santé, les disparités entre les bénéficiaires de contrats collectifs ou de contrats mutuelle individuelles sont nombreuses, notamment relativement aux inégalités de prise en charge (49% des contrats collectifs permettent à leurs bénéficiaires d’étendre gratuitement la couverture sociale à leurs enfants, contre seulement 2% des contrats individuels). De plus les niveaux de couverture en implantologie et orthodontie baissent. Des budgets déjà précarisés n’auront pas accès à ce type de soins. Certains soins et types de suivis liés aux troubles neuropsychologiques notamment (troubles du spectre autistique par exemple), ne sont pas du tout pris en charge. Les structures d’accompagnement social de type CMP, SESSAD étant saturées faute de moyens budgétaires en suffisante, trop nombreuses sont les familles livrées à elles-mêmes et ne pouvant avoir accès à des soins dans le privé.

      C’est une véritable injustice médicale. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de tarif spécifique garantissant aux parents isolés les moyens d’avoir une couverture mutuelle leur permettant de se soigner correctement en cas de maladie et de faire soigner leur.s enfant.s.

      Par ailleurs, il n’existe aucun dispositif spécifique pour accompagner les parents isolés se trouvant provisoirement ou durablement malades ou en situation de handicap et n’étant plus en capacité de s’occuper au quotidien de leur.s enfant.s. Les modalités de recours auprès des mutuelles ou de l’Assurance Maladie pour l’obtention d’une aide solidaire sont ubuesques et poussent au non-recours. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de tarif spécifique garantissant aux parents isolés les moyens d’avoir une couverture mutuelle leur permettant de se soigner correctement en cas de maladie. Il paraîtrait donc indispensable que les parents isolés puissent bénéficier de tarifs préférentiels s’agissant des couvertures mutuelles et d’une aide gratuite en cas de maladie, de handicap ou de soins réguliers dus à une Affection Longue Durée. A l’échelle de la ville il faudrait :

      • Mettre en place une mutuelle municipale comme à Poitiers qui offrirait des tarifs préférentiels à destination des familles monoparentales et permettrait la prise en charge systématique de soins médicaux spécialisés (orthodontie…).
      • Imposer dans les centres de santé de la ville la prise en charge au tiers payant afin que l’avance de frais ne soit plus un obstacle à l’accès à la santé.
      • Mettre en place en partenariat avec les associations locales des dispositifs de suivi psychologique temporaire à destination des familles monoparentales plus souvent exposées aux troubles de la santé mentale à l’image du dispositif Ecoutille mis en place à Poitiers ou les Pâtes au beurre.

      b. Familles monoparentales accompagnant des enfants malades ou des enfants en situation de handicap

      Dans 33% des cas, quand il y’a une situation de handicap, les foyers sont des foyers monoparentaux. Le handicap est une question genrée car dans 9 cas sur 10, c’est la mère qui s’occupe de l’enfant.

      A l’heure actuelle, un parent isolé n’a pas systématiquement droit à des jours de congé enfant malade en cas de maladie par exemple. Et quand il y a droit, il ne peut pas prétendre au doublement de « jours de congés pour enfant malade » pour compenser l’absence du deuxième parent.

      Encore plus compliqué, la question de la prise en compte du handicap d’un parent isolé ou d’un enfant, angle mort des politiques de santé qui rend la vie de certains foyers monoparentaux invivable. Une mère ne peut pas cumuler le complément 5 de la MDPH à l’aide journalière de l’AJPP dans le cas où elle doit assurer le suivi journalier de son enfant. Or il semble injuste de ne pas pouvoir percevoir le complément 5 de la MDPH qui doit permettre la prise en charge du suivi spécialisé de l’enfant non pris en charge par la sécurité sociale (suivi neuropsychologique, psychomoteur…).

      Les mères isolées se voient d’emblée contraintes d’abandonner leur activité professionnelle. Le foyer se retrouve alors privé d’un salaire avec pour seule prestation sociale compensatoire l’AEEH qui ne peut être cumulée avec l’AJPP et ne permet de compenser pour le foyer ce manque à gagner d’un salaire. Par ailleurs l’allocation compensatoire de l’AEEH qui peut être délivrée aux mères isolées pour recrutement d’une tierse personne intervenant pour des soins auprès de l’enfant est délivrée par la MDPH sous condition de jugement. Cette condition suspensive laisse pour compte quantité non négligeable de mères isolées n’ayant pas eu recours à la JAF. Quel relai prioritaire pour une mère isolée accompagnant un enfant souffrant de handicap ?

      • Les villes doivent prioriser en collaboration avec les services publique la question de l’accès aux soins et au suivi de ces mères et enfants fragilisés. En l’état les structures de type SESSAD, CMP, CMPP sont saturées.
      • Donner la priorité aux familles monoparentales dans les centres de santé municipaux afin de permettre aux parents isolés et leurs enfants de se soigner.
      • Former les professionnels de santé de la ville à la question du handicap afin de pouvoir mieux accompagner les patients pour des soins de type soin dentaire…
      • Mettre en place une permanence MDPH en mairie ouverte aux horaires de mairie sur toute la semaine avec un accompagnement spécifique dans les démarches pour les familles monoparentales en lien avec le CCAS.
      • Mettre en place un service d’AESH municipales qui assureraient le suivi des enfants en situation de handicap sur la pause méridienne qui n’est plus prise en charge par les AESH de l’éducation nationale et prioriser le suivi des enfants de foyers monoparentaux, afin de permettre au parent isolé d’assurer son activité professionnelle sans interruption sur la pause méridienne.
      • Ces AESH municipales pourraient venir en renfort des AESH mutualisées de l’éducation nationale.
      • Former les personnels municipaux des centres de loisirs au handicap visible ou invisible afin de pouvoir assurer une prise en charge des enfants en situation de handicap et offrir aux parents isolés de travailler ou d’avoir un temps de répit.
      • Mettre en place un réseau de transport local dédié aux familles en situation de handicap.

      4. FACILITER L’ACCES A UNE VIE SOCIALE ET LUTTER CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

      a. Des violences invisibilisées et non accompagnées

      80% des femmes victimes de violences conjugales sont des mères, comme l’a révélé une étude menée par le ministère de l’intérieur en 2018 sur les morts violentes au sein du couple[11].

      Lorsqu’on aborde le sujet des violences conjugales, la question qui revient souvent est la suivante : pourquoi les femmes ne vont pas porter plainte, pourquoi restent-elles avec un conjoint violent, pourquoi ne partent-elles pas au premier signe alarmant…? La réponse reste complexe, mais sans doute une partie du problème vient du fait que la plupart du temps, une femme n’a tout simplement pas les moyens socio-économiques de partir du jour au lendemain avec son ou ses enfants sous le bras, de peur de se retrouver à la rue et sans ressources pour élever ses enfants.

      Par ailleurs, la gestion des plaintes est problématique au vu du nombre de plaintes classées sans suite. Il a été prouvé que seul 8% des plaintes aboutiront à une condamnation selon l’étude menée par Céline Pîques[12]. Comment obtenir gain de cause en matière de violences conjugales et de justice aux affaires familiales quand le délai d’attente moyen pour obtenir une audience est de six mois à un an ? Les frais d’avocat sont faramineux – environ 2000 à 3000 euros pour une procédure – et peuvent atteindre des dizaines de milliers d’euros selon la complexité du dossier et l’intersection entre le pénal et le civil. Les dispositifs d’aides sont largement insuffisants : à l’heure actuelle, ne peut prétendre à l’aide juridictionnelle complète qu’une personne dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 11 262 euros, autrement dit dont le revenu mensuel est inférieur à 1000 euros. La durée moyenne d’une audience est de 15 minutes, les juges ayant chacun en moyenne 500 dossiers voir plus. Il faut :

      • Mettre en place en liaison avec le commissariat un protocole d’accueil spécifique à destination des femmes victimes de violences, à l’image du protocole mis en place à Montreuil à l’initiative de la Collective des Mères Isolées.
      • Favoriser la mise en place d’un réseau local qui permette réorientation après dépôt de plainte vers des services municipaux d’accompagnement juridique.
      •  Pour le dépôt de plainte, un dispositif pilote de tiers lieu avait été mis en place à l’échelle nationale permettant à toute personne victime de violence de porter plainte depuis n’importe quel tiers-lieu associatif. Il devrait être officialisé etdécliné à l’échelle locale.
      • Identifier clairement les dispositifs relais ou d’accompagnement dans le cadre d’une campagne de la ville contre les violences faîtes aux femmes.
      • Donner plus de moyens aux structures relais, notamment aux associations proposant de l’accès aux droits.
      • Permettre une plus grande capacité d’accueil de la Maison des Femmes amenée à éconduire nombre de demandes d’urgence pour cause de saturation de demandes.
      • Mettre en place des permanences juridiques dans toutes les maisons de quartier afin d’accompagner toute démarche juridique liée aux violences faîtes aux femmes.
      • Les personnels de la ville des écoles, des centres de loisirs, des maisons de quartier, des antennes jeunesses, des ludothèques doivent être formés aux VSS et doivent pouvoir signaler.
      • Des temps hebdomadaires spécifiques de type café des parents dédié à l’accès aux droits peuvent être imaginés en Mairie à l’image de ce qui a été imaginé par la Ville de Ris Orangis.

      b. Réformer la justice aux affaires familiales et accompagner les parents isolés

      À l’heure où s’est tenu, en 2019, un Grenelle des violences conjugales, et où le ministre de la justice actuel, M.Dupond-Moretti, prétend faire de la lutte contre les violences conjugales une priorité dans sa réforme de la justice, il semblerait relever du bon sens de commencer par prendre les mesures nécessaires pour donner aux mères et aux enfants victimes de violences conjugales les moyens de partir, de se défaire de l’emprise du conjoint violent, et d’envisager la vie de famille monoparentale comme un mode de vie décent, et non comme une chute inévitable dans la précarité. La question féministe est, avant tout, une question sociale. Il ne sert à rien de parler d’émancipation des femmes, de lutter pour les droits des femmes, et de combattre les violences conjugales et intrafamiliales si l’on ne donne pas pour commencer aux femmes les moyens économiques d’assurer leur protection et leur indépendance, et celle de leurs enfants.

      Les chiffres publiés par le Haut Conseil à l’Egalité le 9 juin 2021 montrent qu’alors que 398 310 enfants ont été témoins ou co-victimes de violences conjugales en 2020, seuls 58 agresseurs se sont vus retirer leur autorité parentale.

      Il existe un cloisonnement entre la justice pénale et la justice civile, et persiste dans les pratiques judiciaires l’idée qu’il faut séparer le conjugal du parental, et qu’un conjoint violent peut être un bon père. Par principe, l’autorité parentale conjointe doit être maintenue, même dans les cas les plus graves (viol de l’enfant, viol conjugal, féminicide).  

      Les articles de loi sur l’autorité parentale conjointe posent des problèmes de fond qui ont des répercussions directes sur la santé et la sécurité des enfants et de leur mère. En effet, le Code civil fait passer avant toute autre définition de « l’intérêt de l’enfant » l’intérêt à conserver un lien avec ses deux parents légaux, sans réellement questionner la teneur et la qualité de ce lien et en dépit de faits avérés de violence (physique ou psychologique), de négligence, d’absence du père et/ou d’opposition de l’enfant. Dans le cadre des procédures, l’enfant n’est d’ailleurs majoritairement pas écouté. Il ne l’est que de façon aléatoire, en fonction d’un âge qui varie selon les juridictions. Plus une famille dionysienne ne devrait souffrir de violences juridiques dans l’indifférence des pouvoirs locaux.

      • A l’image du dispositif national « nouveau départ » doit être pensé un dispositif municipal nouveau départ.
      • Le service Petite Enfance doit développer un pôle spécifique d’accueil des familles monoparentales afin de permettre leur réorientation vers les services d’accompagnement compétents en matière de justice aux affaires familiales.
      • La service égalité femmes – hommes de la ville pourrait se doter d’un pool d’avocats engagés qui permette d’accompagner systématiquement les familles en détresse juridique.
      • Il appartient également à la ville de faire entendre sa voix en matière de lutte pour une réforme de la justice aux affaires familiales par des engagements forts à la faveur de l’écoute des mères et des enfants.

      5. FACILITER L’ACCES A LA REUSSITE EDUCATIVE, A LA CULTURE ET AUX LOISIRS

      a.  Un risque de désaffiliation sociale et d’échec scolaire pour les enfants issus de foyers familles monoparentaux

      Les familles monoparentales sont plus souvent en situation de privation matérielle et sociale, au sens où elles sont concernées par au moins cinq privations parmi une liste de treize relatives à l’alimentation, l’habillement, le logement, les loisirs ou la vie sociale. 29,2 % sont dans cette situation, contre 13 % pour l’ensemble de la population en 2019[13]. L’accumulation des difficultés et des inégalités – économiques, socio-professionnelles, juridiques, médicales…– ajoutée à la charge mentale quotidienne induit un fort risque de marginalisation et de désaffiliation sociale chez les mères isolées, avec des conséquences directes sur l’éducation de leurs enfants.

      Cela met aussi en péril la réussite éducative des enfants. Il est prouvé que les enfants issus de familles monoparentales réussissent moins bien que les enfants issus de familles traditionnelles. Seuls 42% des enfants issus de familles monoparentales atteindront le bac sans redoubler contre 62% des enfants issus de familles bi-parentales. L’impact de l’IPS est majeur. 55% des familles monoparentales étant pauvres, la précarité a une réelle incidence sur la réussite éducative et la possibilité de poursuites d’études.

      Le coût de dépense moyen annuel pour 1 enfant est évalué à 9000€, (7500€ pour un enfant de moins de 14 ans et 12500€ pour un enfant de 15 à 20 ans), ce qui représente un coût total de 180000€ pour un enfant de 0 à 20 ans.[14] Ce coût dans le cas des familles monoparentales repose principalement sur le seul parent gardien. Il est compliqué pour une famille monoparentale d’envisager financer des poursuites d’étude.

      • Déployer des dispositifs d’aide aux devoirs municipaux adaptés dans les établissements scolaires à destination des élèves à besoins éducatifs particuliers.
      • Les dispositifs d’aide aux devoirs doivent être encadrés par des professionnels afin que les élèves bénéficient d’un encadrement de qualité qui vise leur réussite éducative.
      • Mettre en place un service municipal de recherche de stage qui privilégie l’accompagnement des enfants issus de foyers monoparentaux.
      • Réserver un quota de contrats de travail de la ville à destination des jeunes issus de foyers monoparentaux (emplois en service civiques, jobs d’été…) en partenariat avec les missions locales.
      • Offrir le BAFA aux enfants issus de foyers monoparentaux.
      • Négocier avec les banques implantées localement des prêts à taux zéro à destination des étudiants issus de foyers monoparentaux pour financer leurs études.
      • Négocier auprès des régions des aides au financement du permis de conduire à destination des familles monoparentales.
      • Positionner le curseur seuil d’accès aux aides municipales sur le revenu minimum décent et non le seuil de pauvreté.

      b. Un budget culture et loisir amputé qui pèse trop lourd sur le budget famille

      Si près d’un million de parents touchent aujourd’hui une Contribution financière à l’Entretien et l’Éducation de l’Enfant (improprement appelée « pension alimentaire »), dans 40% des cas elle demeure impayée. Le montant moyen de cette contribution est de 180 euros mensuels par enfant, ce qui est par ailleurs largement insuffisant au regard de ce que coûte l’entretien d’un enfant et ce qui ne permet pas non plus de répondre à ses besoins en termes d’accès aux loisirs.

      En effet, la hausse des prix constante des tarifs des activités de loisir creuse un hiatus entre les familles dites traditionnelles bénéficiant de 2 revenus et les familles monoparentales bénéficiant d’un revenu unique. On note une hausse de la part du budget loisir dans le budget familial de 26.9% à 30.4% du fait de l’augmentation des coûts.[15] Bien souvent la case loisir du budget des mères isolées est amputée, lorsqu’elle n’est pas inexistante.

      À cela s’ajoute l’augmentation du coût des transports, la hausse du coût d’usage et d’entretien d’une voiture étant estimée à 17,7% en 2022 selon les chiffres de l’IRES. Si l’on ajoute à cela la hausse de 38,5% du prix du carburant, on se doute que nombre de parents isolés dépendent des transports en commun et du réseau SNCF pour leurs déplacements, lesquels n’intègrent pas dans leur politique tarifaire les familles monoparentales, au même titre que le sont les familles nombreuses. Les mères isolées sont donc condamnées aux transports en commun et bien souvent, elles ont recours à la solidarité transport (les chiffres sont inexistants, mais les trop nombreux témoignages recueillis par la Collective des Mères Isolées en interne en attestent).

      Il est donc urgent de :

      • Mettre en place des réseaux de lignes de bus, tramways en suffisance afin de ne pas pénaliser les familles monoparentales qui dépendent des transports en commun pour se rendre en centre-ville ou bien sur tout autre lieu.
      • Mettre en place la gratuité dans les transports à destination des familles monoparentales sur présentation de la carte municipale de famille monoparentale.
      • Mettre en place une carte municipale famille monoparentale du type de la carte Joker de Poitiers qui donne des réductions pour l’accès aux activités culturelles de la ville selon le quotient familial.
      • Travailler l’offre d’activités culturelles familles parents / enfants pour élargir l’offre à destination des familles monoparentales en lien avec les acteurs associatifs locaux (activités accessibles avec enfants ou garde d’enfants).

      c. Mettre en place des tarifs et une offre petite enfance municipale et jeunesse préférentielle pour les familles monoparentales

      En effet, à l’heure actuelle, le statut de parent isolé n’est jamais pris en compte dans le tarif d’accès aux activités culturelles et de loisirs, ce qui en rend l’accès quasi-systématiquement impossible aux foyers monoparentaux dont le budget loisir est de fait amputé par une situation économique précaire. Or de même qu’il existe en France depuis 1921 une « carte famille nombreuse » donnant droit à des réductions aux familles de 3 enfants ou plus, il semblerait équitable qu’il existe un statut spécifique donnant droit à des réductions dans le domaine des transports, des loisirs, des pratiques sportives et de la culture aux familles monoparentales.

      Enfin, il n’existe aucune directive nationale enjoignant les municipalités à tenir compte de la spécificité de la situation des familles monoparentales dans la facturation des prestations à l’enfance ou le calcul des prestations de loisir, mais le statut municipal de parent isolé doit permettre cette prise en compte afin de :

      • Proposer un abattement systématique aux familles monoparentales dans le calcul des prestations de loisir comme c’est le cas à Montreuil où a été voté un abattement de 25 à 40% (en fonction du revenu annuel) sur le tarif des services APE (cantine, centre de loisirs, études, séjours scolaires et périscolaires) pour les parents se déclarant isolés sur la base de la case T de leur déclaration de revenus.
      • Accorder systématiquement une demi-part en plus aux parents isolés dans le calcul des prestations petite enfance et loisirs – comme le fait, par exemple, la ville de Suresnes.
      • Prioriser l’accès aux sorties péri-scolaires pour les enfants issus de foyers monoparentaux afin de compenser la case budget loisir amputée pour les foyers monoparentaux.
      • Travailler une offre d’activités de loisirs spécifiques incluant activité parent et activité enfant en simultané ou bien garde d’enfant afin que les parents isolés puissent avoir du répit comme cela a été pensé par la ville de Montpellier dans le cadre du plan monoparentalité.

      d. Maintenir les lieux d’accueil parent-enfant

      Les lieux de répit et les lieux de sociabilisation sont essentiels pour les familles monoparentales, afin qu’elles puissent rompre leur situation d’isolement. Il s’agit de de prévenir la désaffiliation sociale en créant des tiers lieux d’accueil et de rencontre : maisons de quartier, ludothèques…

      Les maisons des parents doivent être un lieu privilégié afin de créer le lien avec ces familles et les informer des dispositifs existants. Elles doivent être relais pour réorienter sur les questions d’accès aux droits. En aucun cas les familles monoparentales ne peuvent être livrées à elles-mêmes comme cela est le cas à l’heure actuelle. Il faut donc :

      • Allouer les budgets nécessaires au maintien des maisons de quartier, ludothèques.
      • Ouvrir des Maisons des Parents avec systématiquement un espace d’accès aux droits dédié aux familles monoparentales.
      • Créer des dispositifs de répit en lien avec les structures locales ou le tissu associatif.
      • Les maisons de quartier doivent permettre de relayer aux familles monoparentales l’information sur les activités municipales proposées et les tarifs préférentiels qui leur sont accordés.

      © Tout droit d’utilisation et de reproduction réservé à la Collective des Mères Isolées


      [1] Rapport de la DREES publié par le Ministère de la Santé et des Solidarités, n°62, 2016.

      [2] Rapport de l’INSEE https://www.insee.fr/fr/statistiques/5422681

      [3] Rapport de la DREES publié par le Ministère de la Santé et des Solidarités, n°62 de 2016.

      [4] Étude de l’ONPES rapportée par l’IRES, publication 24 de novembre 2022. La dernière étude de l’IRES qui nous livre les chiffres de l’ONPES pour 2022 situe le revenu minimum de vie décent à 3744€ pour 1 couple avec 2 enfants, et à 3003€ pour une famille monoparentale avec 2 enfants

      [5] Rapport de l’INSEE https://www.insee.fr/fr/statistiques/5422681

      [6] Étude de l’ONPES rapportée par l’IRES, publication 24 de novembre 2022. Selon l’ONPES pour une famille avec un enfant en bas âge et un enfant en primaire elle s’élèverait à +15.6%.

      [7] Là aussi, il y a une grande disparité territoriale entre les communes ; seules certaines communes – hélas encore très minoritaires – prennent comme revenu de référence pour les prestations à l’enfance non pas le Quotient Familial correspondant à l’année n-2, mais les trois ou six derniers mois (comme le fait déjà la CAF s’agissant du RSA, des APL ou de la Prime d’Activité qui sont calculés sur la base du revenu des trois derniers mois).

      [8] Rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, Panorama des familles d’aujourd’hui, 28 septembre 2021, p.71 (https://www.hcfea.fr/IMG/pdf/rapport_-_le_panorama_des_familles_2021.pdf)

      [9] Étude de l’ONPES rapportée par l’IRES, publication 24 de novembre 2022.                                         

      [10] Source : https://jech.bmj.com/content/69/9/865


      [11] Etude du Ministère de l’Intérieur sur les violences conjugales : https://www.vie-publique.fr/rapport/269827-etude-nationale-sur-les-morts-violentes-au-sein-du-couple-2018

      [12] « Déviriliser le monde » de Céline Pîques

      [13] Rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, Panorama des Familles d’aujourd’hui, 28 septembre 2021, p.80

      [14] Rapport de la DREES publié par le Ministère de la Santé et des Solidarités, n°62, 2016.

      [15] Rapport de l’IRES 2022, étude d’un budget type menée par l’UNAF. Les tarifs d’hébergement de vacance par exemple ont augmenté de +33.6% depuis 2014. Les produits culturels ont subi une hausse des prix de +10.5%.

      Publications similaires